Une tradition enracinée
Dans certaines régions en Mauritanie, la beauté féminine se définit par la corpulence plutôt que la minceur. Cette perception puise ses racines dans l’histoire locale, où le surpoids symbolisait richesse, fertilité et statut social. Le « leblouh », ou gavage, consiste à faire consommer aux jeunes filles d’énormes quantités de nourriture dès leur enfance. Les familles considèrent cette pratique comme essentielle pour les préparer au mariage et à la vie adulte. Malgré les campagnes gouvernementales, la coutume reste largement répandue, surtout dans les zones rurales où les traditions ont un poids considérable sur les décisions familiales.
Des pratiques extrêmes et dangereuses
Le gavage n’est pas un simple excès alimentaire. Les filles peuvent ingérer jusqu’à 16 000 calories par jour, soit six fois l’apport calorique recommandé pour un adulte. Les méthodes incluent la consommation forcée de lait de chamelle ou de vache et des repas très riches en calories, accompagnés de restrictions de mouvement. Les résistances sont punies physiquement. Ces excès précoces entraînent cependant des risques sanitaires, allant de l’obésité morbide au diabète et aux troubles cardiaques. Pourtant, pour de nombreuses familles, ces pratiques restent un passage obligé vers le statut social et la reconnaissance communautaire.
Conséquences sur la santé et le bien-être
Les impacts physiques du « leblouh » sont visibles dès l’adolescence. Les filles présentent souvent hypertension, troubles articulaires et risques métaboliques graves. La santé mentale est également affectée : anxiété, faible estime de soi et stress lié à la pression sociale sont fréquents. Les jeunes filles se retrouvent coincées entre respect des traditions et protection de leur corps. Les professionnels de santé et certaines ONG alertent sur ces dangers, mais l’ancrage culturel rend les interventions compliquées. La survie de la coutume repose autant sur l’histoire que sur les normes sociales locales.
Vers une évolution des mentalités
L’accès aux réseaux sociaux et aux médias internationaux influence progressivement la jeunesse mauritanienne. Certaines filles rejettent le « leblouh » et aspirent à un mode de vie plus sain. D’autres continuent de valoriser la corpulence comme marqueur culturel et identité personnelle. Les ONG et campagnes de sensibilisation tentent de promouvoir la santé et le respect des droits des enfants, mais les changements sont lents. Le futur de cette tradition dépendra largement des choix des jeunes femmes elles-mêmes et de leur capacité à redéfinir la beauté sans mettre leur santé en danger.