Dix ans ont passé depuis cette tragique soirée du 13 novembre. En tout, 132 personnes ont perdu la vie. Ce soir-là, de nombreux effectifs des forces de l’ordre avaient été mobilisés, dont deux policiers originaires de La Réunion. David faisait partie de ces hommes qui ont vécu l’horreur au Bataclan.
Il témoignait en début d’année dans le magazine de la rédaction 52 minutes actu. David est revenu sur cette expérience qui l’a marqué à jamais.
« Psychologiquement, on se disait qu’on allait mourir. J’ai pris mon téléphone et j’ai appelé mon épouse pour lui dire au revoir. J’ai vu énormément de corps par terre. Je crois que c’est la première fois qu’on a enlevé nos signes distinctifs. Les brassards étaient cachés, parce qu’on avait peur de se faire tirer dessus. »
« À un moment, on s’est positionnés à l’arrière du Bataclan et on a tenu cette position, car on ne pouvait pas aller plus loin : on n’avait pas l’équipement adéquat. Le temps s’est arrêté. Deux personnes sont apparues à la fenêtre : c’étaient les terroristes. Ils nous ont dit simplement “barrez-vous, on va vous buter”. La rue Pierre-Amelot, c’est un couloir… Avec une kalachnikov, j’avais beau me cacher, c’était compliqué. »
« Je me revois pousser les portes battantes… On n’est jamais préparés à ce genre de vision. Tous les clients assis sur les chaises étaient tombés. Ensuite, on est entrés dans ce qu’on appelait “la fosse”, et là… je ne peux même pas vous décrire à quel point c’était horrible. Des corps entassés les uns sur les autres. Un silence total. Les téléphones ne faisaient que sonner. C’était très dur. Le plus dur, c’était de voir des gens nous faire signe de venir les secourir, alors qu’on ne pouvait pas les déplacer à cause du protocole. »
« Il y avait du sang partout. Une odeur… dont je ne peux toujours pas me débarrasser aujourd’hui. J’ai encore cette hantise de l’odeur du sang. »
Il lui aura fallu plusieurs mois avant de pouvoir retourner dans un lieu public comme un supermarché et se dire : « Ici, il y a énormément de gens vivants… et moi, j’en ai vu autant morts d’un coup. »