Le constat a été dressé ce mardi lors d’une conférence à Mayotte organisée conjointement par le Carif-Oref, l’Insee et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.
Une réalité qui touche plus durement les femmes et les non-diplômés
Selon les renseignements relevés par La1èrefrancetvinfo, l’étude révèle des inégalités importantes. Les femmes sont davantage touchées par ces difficultés. En effet, 63% d’entre elles sont concernées, contre 58% des hommes. La situation est tout aussi préoccupante pour les jeunes adultes. Alors que 47% des jeunes Mahorais se trouvent en situation d’illettrisme, ce chiffre chute drastiquement à 6% dans l’Hexagone.
L’écart met en évidence la gravité du phénomène dans le 101e département. Ces difficultés persistent malgré l’accès à l’éducation, puisque 11% des diplômés du supérieur se déclarent en difficulté, signe que les lacunes persistent même après un parcours scolaire avancé. Selon Youssouf Moussa, directeur du GIP Carif-Oref, ces difficultés s’accumulent depuis le parcours scolaire. Il soulève la nécessité de revoir les bases de l’enseignement pour inverser la tendance.
Un problème qui nécessite un accompagnement social et professionnel
Pour Youssouf Moussa, directeur du GIP Carif-Oref, ces résultats traduisent une accumulation de fragilités dès l’enfance. « La majorité des élèves peine à acquérir les bases. Même s’ils fréquentent l’école, les fondations ne sont pas solides », explique-t-il. Cette situation, selon lui, ne date pas d’aujourd’hui, mais s’ancre dans une réalité durable.
L’illettrisme est perçu comme un fléau local qui dépasse la sphère scolaire. Le phénomène touche directement la vie quotidienne, l’accès à l’emploi et la participation citoyenne. Les organisateurs de la conférence soulignent que des moyens renforcés sont nécessaires pour accompagner les personnes concernées, notamment les demandeurs d’emploi. Le rôle des collectivités locales est central, mais les intervenants insistent également sur la nécessité d’un engagement national pour enrayer durablement le problème.
Un enjeu pour l’avenir
Pour Nabil Mrad, directeur et consultant de l’école de commerce de Mayotte ESCGM, la lutte contre l’illettrisme doit s’inscrire dans une stratégie globale. Selon lui, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à lire et à écrire, mais d’intégrer ces actions dans un accompagnement social et professionnel. « Si le territoire ne bénéficie pas de moyens adaptés, la situation observée il y a vingt ans risque de perdurer encore deux décennies », prévient-il.
Les conséquences dépassent la simple maîtrise de l’écrit. Elles concernent directement le développement économique et social du département. L’absence de compétences de base fragilise l’insertion professionnelle et accentue la pauvreté. Les acteurs présents lors de la conférence appellent donc à une mobilisation collective, convaincus que seule une action concertée entre institutions locales et État permettra de briser ce cercle vicieux.