« Optez pour un vélo cargo pour zéro euro » : l’accroche est séduisante. Destinées aux entreprises, ces offres s’appuient sur des aides à l’achat existantes pour proposer des vélos cargos gratuits. Mais dans certains cas, elles s’avèrent trompeuses. Des démarcheurs peu scrupuleux exploitent le dispositif à des fins frauduleuses.
Kathy Roulleau, artisan fleuriste, s’était intéressée à la formule pour ses livraisons : « Je me suis dit que ce serait plus pratique pour livrer des pièces. Mais on m’a proposé un modèle pas assez puissant. Un vélo cargo coûte environ 4 000 euros, je n’ai pas envie d’acheter juste pour consommer. On a insisté en me disant que c’était gratuit, mais ce n’est pas ce que je recherche. »
Plusieurs professionnels partagent ce scepticisme. La première source d’inquiétude réside dans la méthode de démarchage. Par téléphone, les opérateurs incitent les entreprises à commander le plus grand nombre de vélos possible. Chaque commande leur permet de toucher une prime liée au certificat d’économie d’énergie (CEE), actuellement d’un montant de 1 200 euros par vélo, une aide qui sera prochainement ramenée à 600 euros.
Des devis incohérents et un matériel souvent non conforme. Thomas Willemse, chargé de projet mobilité dans une entreprise de location de vélos, a reçu l’un de ces appels. Il a testé l’offre : « Nous sommes 150 dans le groupe. J’ai dit que 10 vélos pourraient m’intéresser. Mais l’interlocuteur a insisté : “Si vous êtes 150, prenez 150 vélos, c’est gratuit !” J’ai demandé une fiche technique, des précisions sur le moteur, la batterie. Il était incapable de me donner ces informations. »
Le devis reçu mentionne un vélo affiché à 760 euros. Un tarif largement inférieur aux prix constatés en magasin, où les modèles équivalents coûtent plusieurs milliers d’euros. Il s’agirait de vélos peu fiables, souvent importés de Chine, qui soulèvent de nombreuses préoccupations.
Arnaud Fachero, co-président du Collectif réunionnais des usagers de la bicyclette, alerte : « Le risque, c’est que ces vélos provoquent des accidents, que la responsabilité retombe sur l’usager, et qu’aucune démarche ne soit entreprise pour améliorer la situation. Il faudrait favoriser le travail local, avec des vélos exportés d’Europe, conformes aux normes. »
La préfecture confirme une augmentation du nombre de publicités de ce type. Elle appelle à la vigilance. Pour être éligibles aux aides, les vélos doivent répondre à plusieurs exigences réglementaires :
- Le moteur électrique ne doit pas fournir d’assistance au-delà de 25 km/h.
- Le propriétaire doit disposer d’une déclaration de conformité aux normes françaises et européennes.
Or, dans de nombreux cas signalés, les modèles proposés ne respecteraient pas ces critères, compromettant leur légalité et leur sécurité.