Travailler, c’est bien, en vivre correctement, c’est mieux. Sur l’île, beaucoup de salariés estiment encore que leurs salaires ne reflètent pas vraiment leurs efforts. "Je trouve que dans le travail, dans tous les cas, on est un peu sous-payé dans les métiers dans toutes les tâches et tout ce qu’on nous donne" commente une passante. "Je travaillais dans un bureau en informatique, j’étais payé 2800 euros. Pour moi, c’était largement suffisant pour le travail que je devais fournir" répond un autre. "Je travaille que 2 H par jour, mais vu le travail que je fournis, je ne pense pas que ce soit suffisant" s’exprime une jeune femme.
Dans le secteur privé, le salaire moyen atteint 2260 euros, soit 8,6 % de moins qu’en province mais les écarts se resserrent entre 2015 et 2023, les bas salaires ont progressé de 2,7 %. D’après l’INSEE, ces différences ne sont pas une surprise. Elles tiennent avant tout à la structure économique de l’île. "Les principaux facteurs qui expliquent les écarts négatifs pour La Réunion. Le premier : il y a moins d’emplois qualifiés, moins d’emplois de cadres dans le secteur privé qu’en province, quasiment deux fois moins. Le deuxième facteur, très important également : ce sont les types d’entreprises. Ici, on a moins de grandes entreprises et les grandes entreprises, c’est celles qui offrent les plus gros salaires" explique Édouard Fabre, chef de projet à l’INSEE Réunion-Mayotte.
Pour réduire cet écart, certaines mesures existent déjà. La loi LODEOM prévoit des exonérations de charges patronales pour les entreprises ultra-marines. Concrètement, ces exonérations peuvent augmenter le salaire net des salariés et soutenir l’emploi local. Une piste que les experts économistes étudient aujourd’hui alors que le budget 2026 est en discussion. "La réduction des charges touchant les salaires est bien entendue une source possible d’inspiration, à condition qu’on ne se trompe pas de cible. La réduction des charges, si elle vise que les salariés pourront forcément constater une augmentation de leur rémunération nette. Attention de bien considérer que ces exonérations entraîneraient une baisse des recettes qui finance aujourd’hui des dépenses. Il reviendrait à se poser la question de comment financer les nouvelles dépenses" argumente Philippe Jean-Pierre, économiste à l’Université de La Réunion.
Les salaires encore inférieurs à ceux de la métropole, mais des signes positifs : les bas revenus progressent, les inégalités se réduisent et les débats sur le budget 2026 ouvrent de nouvelles perspectives.