En 2020, alors âgé de 23 ans, Ruben apprend qu’il est atteint d’une aplasie médullaire idiopathique. « Ma maladie est apparue lorsque j’étais en métropole, à Tours, où je faisais mes études supérieures. L’année suivant l’obtention de mon bac+5, j’ai commencé à me sentir très affaibli. Cela a duré environ trois mois. Ce sont des amis qui m’ont poussé à consulter. »
Très vite, tout bascule. Après un passage aux urgences puis en réanimation, le verdict tombe en moins de deux jours : « Je n’avais plus rien dans mon sang : plus de globules rouges, plus de plaquettes, plus de globules blancs. On me transfusait en continu et on m’a prescrit un prélèvement de moelle, qui s’est révélé infructueux, puis une biopsie. »
Deux semaines plus tard, le diagnostic est confirmé : aplasie médullaire idiopathique. « Tout s’est mis en marche. On a contacté ma famille, en particulier mes trois sœurs, pour un test de compatibilité. Après les prélèvements, il a fallu attendre environ deux semaines pour les résultats. J’avais une chance sur quatre de trouver un donneur 100 % compatible. Finalement, ce fut ma sœur, qui se trouvait alors à La Réunion. Grâce à l’aide d’associations, elle a pu venir en urgence en métropole. »
En décembre 2020, Ruben est placé en unité stérile pour recevoir la greffe au CHRU de Tours. Après une semaine de chimiothérapie intense, il bénéficie d’une allogreffe le 10 décembre. L’opération se passe bien, malgré une grave infection bactérienne contractée juste après la chimio. « Quatre semaines après la greffe, j’ai pu quitter l’unité stérile et rentrer à la maison, avec un suivi très strict et plusieurs rendez-vous par semaine à l’hôpital de jour. »
Aujourd’hui, Ruben tient à délivrer un message fort : « Le don de moelle osseuse se fait par prélèvement sanguin et ce n’est pas très douloureux. À La Réunion, le brassage génétique est tel que les chances de trouver un donneur compatible sont très faibles. Cela peut arriver à tout le monde : enfants, jeunes, adultes et cela ne prévient pas. N’hésitez pas, rapprochez-vous des organismes locaux, on saura répondre à vos questions. »
Il se souvient aussi du rôle essentiel de sa sœur : « C’était un honneur de savoir qu’elle était 100 % compatible. Elle venait d’avoir une petite fille de 4 mois et a dû faire le voyage jusqu’en métropole avec toute sa famille. Cela a renforcé nos liens, je lui en serai éternellement reconnaissant. » Cinq ans après l’opération, Ruben n’est plus sous traitement immunosuppresseur : « La greffe a totalement pris. Je suis toujours suivi tous les six mois. J’ai pu reprendre le travail depuis un peu plus de deux ans. J’ai enchaîné les grands événements : je me suis marié en janvier 2023, j’ai eu une petite fille en janvier 2024 et, en mai 2024, je suis rentré définitivement à La Réunion pour me rapprocher de ma famille. J’ai eu la chance de trouver un poste au CHOR. Cela me tenait à cœur de mettre mes compétences au service d’un établissement de santé. »
Avant de conclure : « C’est dans ces moments-là qu’on réalise la chance d’avoir un système de santé performant et des soignants dévoués. En tant que croyant, je ne crois pas au hasard. Pour moi, tout s’est déroulé selon le plan de Dieu, et je lui en serai toujours reconnaissant. »