Arthur avait 10 ans lorsqu’il a été abusé par son cousin. Pendant des années, les souvenirs se sont effacés de sa mémoire. Ce n’est que 13 ans plus tard que les traumatismes refont surface. Aujourd’hui adulte, il décide de témoigner. "J’ai eu une sidération en fait. On ne comprend pas ce qu’il se passe, on se déconnecte un peu du corps. J’ai eu une amnésie dissociative, c’est à dire que le cerveau coupe le souvenir car c’est trop violent. C’est revenu réellement à mes 23 ans. Il n’y avait pas que les cauchemars, il y avait aussi les reviviscences. Ce sont comme des flashs, mais avec en plus, la sensation du début", explique Arthur, auteur de l’ouvrage "à ceux qui n’ont pas pu parler" et victime d’inceste.
Pour sortir de ce silence, Arthur retrace son parcours dans un livre donnant sa parole à ceux qui n’en ont pas encore eu l’occasion. "De le dire ça fait extrêmement mal mais ne pas le dire et le garder pour soi, c’est destructeur. Le fait de le dire, ça soulage, on ne le porte plus tout seul", poursuit Arthur.
Aujourd’hui, la prescription pour des faits de viols sur mineur est de 30 ans. Une proposition de loi pourrait abolir cette dernière et élargir la définition de l’inceste aux cousins.
À La Réunion, plus de 11 000 victimes sont recensées chaque année, dont la moitié au sein de la famille. Ces chiffres rappellent l’ampleur du problème et l’urgence d’une réforme législative. "Ca fait polémique chez les juristes que l’imprescriptibilité ne s’applique que pour les crimes contre l’humanité. Mais finalement l’inceste c’est quoi si ce n’est un crime contre l’humanité, contre les enfants, contre la famille, contre le développement de l’enfant dans la lignée générationnelle", rapporte Frédéric Rousset, président du collectif pour l’élimination des violences intrafamiliales (CEVIF).
Le parcours d’Arthur, de l’amnésie à la parole, montre combien il est essentiel de protéger les victimes et de reconnaître leur souffrance. La loi pourrait offrir une première forme de réparation : permettre aux victimes de se faire entendre et d’obtenir enfin une reconnaissance, même des années après les faits.