À 22 ans, Ahamadi Isma Houmeina, gendarme adjointe volontaire, a connu le bonheur d’attendre un enfant… et la douleur inimaginable de le perdre. Mariée religieusement, elle et son ex-mari essayaient d’avoir un bébé depuis un an lorsqu’elle est tombée enceinte d’une petite fille. « La joie était immense », raconte-t-elle.
Mais la grossesse se complique rapidement : une anomalie au niveau de la nuque du bébé nécessite une intervention médicale, et en plein milieu de cette épreuve, Ahamadi traverse également une séparation. Puis, à cinq mois et demi, elle perd les eaux. Les pompiers la transportent à l’hôpital où on lui annonce que le bébé ne pourra pas survivre. « J’ai donné naissance à ma fille… mais elle n’a jamais ouvert les yeux », confie-t-elle, la voix brisée.
Le choc et la douleur sont indescriptibles. « Porter un bébé, le sentir bouger, lui parler chaque jour… et puis, d’un coup, le silence. La tenir dans mes bras sans qu’elle respire est quelque chose qui me hantera toute ma vie. » Ahamadi traverse des moments de grande détresse et des pensées très sombres, mais choisit de se battre pour honorer sa fille. « Pour qu’elle sache que sa maman est forte, même dans la douleur. »
Chaque jour reste un combat silencieux. Certaines journées sont plus lourdes que d’autres. « Ce qui m’aide, c’est de penser à elle avec amour, pas uniquement avec douleur. Elle fait partie de moi, de mon histoire, de mon cœur », explique-t-elle. Pour garder un lien, elle a fait tatouer les empreintes de sa fille sur sa peau : « Ainsi, elle ne me quitte jamais. »
Ahamadi souligne également le manque d’accompagnement pour les mères confrontées au deuil périnatal. « On parle très peu de cette réalité, et pourtant elle est dévastatrice. Après l’accouchement, je me suis sentie très seule. Être entourée de personnes bienveillantes aide à ne pas sombrer », ajoute-t-elle.
Son message aux autres mamans touchées : « Vous n’êtes pas seules. Votre douleur est légitime. Même si le monde ne voit pas votre enfant, il a existé, il a été aimé. Ce n’est pas une histoire qu’on efface. C’est une histoire qu’on porte avec amour et courage. »