Tout commence à la fin du XIXᵉ siècle, lorsque Simicoudza Simicourba, originaire du Mozambique, arrive sur l’île en tant que travailleur engagé sur les terres d’un certain Monsieur Morange. Quelques années plus tard, il quitte illégalement son emploi et se rend à Saint-Pierre, où il fait la rencontre de Pierre-Élie Calendrin, surnommé Saint-Ange.
Avec Saint-Ange et un troisième complice, Emmanuel Fontaine, Sitarane bascule dans la criminalité. D’abord spécialisés dans les cambriolages, les trois hommes commettent ensuite plusieurs meurtres et sèment la terreur dans la région de Saint-Pierre pendant plusieurs années. Finalement arrêtés, les criminels sont jugés. Sitarane est condamné à la guillotine. Peu avant son exécution, il formule une demande singulière : être baptisé. Le sacrement lui est accordé trente minutes avant sa mort, en 1911. Il est ensuite enterré au cimetière de Saint-Pierre, où sa tombe est devenue un lieu de culte populaire.
Chaque jour, des habitants déposent des offrandes sur sa sépulture, considérée par certains comme porteuse de chance ou de protection.
L’historien Énis Rockel revient sur cette fascination : « Sitarane a été baptisé à moins de 100 mètres d’ici, trente minutes avant d’être exécuté. Le baptême est une nouvelle naissance. Cela signifie qu’il a été pardonné de tous ses péchés. Quand on l’a exécuté, on a tué un homme sans péché, un juste, un saint. »
Face à l’afflux de visiteurs qui piétinaient les tombes voisines, le maire de l’époque demanda à déplacer la margelle de la tombe, mais pas le corps. « La tombe que l’on voit aujourd’hui est symbolique », précise l’historien. « Le corps de Sitarane repose toujours plus haut, à son emplacement d’origine. »