L’issue du procès est attendue vendredi. L’accusée, qui était mineure au moment des faits, risque la peine maximale, jusqu’à 20 ans de réclusion. La mère de Shana a déjà annoncé qu’elle ne serait pas présente au début de l’audience, préférant se recueillir sur la tombe de sa fille.
Ce vendredi place aux plaidoiries et réquisitions à l’encontre de la coaccusée.
Un début de procès déjà sous tension
Au premier jour de procès du meurtre de Shana, c’est une atmosphère particulièrement pesante entre les murs du tribunal. Les visages, abattus, marqués de la famille de Shana. Marqués sans doute par ses deux années passées à attendre des réponses. Savoir pourquoi ces deux adolescents ont décidé ce jour de septembre 2023 d’ôter la vie à la jeune fille.
Les proches de Shana ont dû revivre l’horreur à travers ce procès. Shana a été tuée dans des conditions d’une extrême violence.
Tous savent à quel point cela allait être difficile d’entendre les détails, l’enfer qu’elle a vécu avant de mourir. Dans la matinée, la mère de Shana est sortie du tribunal, criant sa rancœur, sa fureur à l’encontre de la meurtrière présumée et de ses parents. "Vous êtes les parents du diable" leur a-t-elle lancée, dans un cri de colère, et de désespoir.
Une deuxième journée à l’atmosphère toujours tendue
Ce jeudi 11 septembre au tribunal judiciaire de Saint-Pierre, s’est tenue la deuxième journée du procès pour l’assassinat de Shana, tuée à coups de pied et de poing en septembre 2023. L’adolescente accusée d’avoir attiré la victime dans un traquenard mortel a pris la parole pour la première fois.
Tout au long de la journée, la mère de Shana a exprimé sa douleur, quittant plusieurs fois la salle d’audience, refusant de croiser le regard ou d’entendre les mots de l’accusée.
De l’autre côté, les parents de la meurtrière présumée ont affiché des visages tremblants, la tête baissée, le regard vide, complètement anéantis. Maître Séverine Ferrante, avocate de la défense, a déclaré : « C’est extrêmement compliqué parce qu’ils sont bien conscients qu’ils ont, eux, cette chance d’avoir leur fille. Ils ne veulent pas être perçus comme des victimes, bien évidemment. Pour autant, ce sont des parents qui ont vu leur monde s’effondrer du jour au lendemain. Leur fille, qui ne posait aucune difficulté à la maison, qui est une enfant très bonne élève, comme les autres la décrivent dans le dossier : elle est agréable, souriante. Du jour au lendemain, la police débarque chez vous, et vous apprenez que votre enfant a pu commettre quelque chose de sordide. »
Dans la salle, la famille de Shana a tenté de rester digne, mais la douleur était omniprésente. Pour ses avocats, cette journée est la plus difficile :
« C’est plus tendu qu’hier. C’est plus lourd parce qu’on parle de celle qui est en vie, on parle de l’accusée, on parle de sa personnalité, on parle de ses parents, on parle du fait qu’elle a été en prison pendant un an. La loi ne permet pas plus d’un an de détention provisoire. Le fait qu’après, elle a été placée dans un foyer en métropole, c’est très difficile à appréhender pour la famille de Shana, de savoir qu’elle était en métropole, qu’elle a pu voir ses parents, qu’en prison, elle pouvait téléphoner à ses parents. Eux, Shana, il n’y a plus rien. Il y a une tombe au cimetière. Ils ne peuvent plus lui parler, ils ne peuvent plus discuter avec elle. Pour eux, c’est assez insupportable d’entendre ce genre de choses aujourd’hui », atteste Maître Catherine Moissonnier, avocate de la partie civile
« On ne peut pas dire grand-chose, c’est insoutenable, il y a de la colère. Ce qu’on entend aujourd’hui, c’est la personnalité de l’accusée, donc c’est un peu compliqué pour les parents de Shana d’entendre tout ça », ajoute Maître Julien Barre, avocat de la partie civile
Rappel des faits
Le 16 septembre 2023, Shana, adolescente réservée de 16 ans, prend le Car jaune à Saint-Denis. Elle se rend à Saint-Louis où elle doit passer la nuit chez une amie, rencontrée trois semaines avant sur les réseaux sociaux. Après avoir rassuré son père par message à son arrivée dans le sud, elle ne donne plus aucun signe de vie.
Quatre jours plus tard, son corps est retrouvé dans une usine abandonnée de Pierrefonds à Saint-Pierre. La lycéenne est tombée dans un guet-apens. Les enquêteurs établissent que Shana avait été repérée sur les réseaux sociaux par une adolescente de 14 ans en couple avec un garçon de 16 ans. Ensemble ils avaient mis au point un plan machiavélique : l’attirer dans un lieu isolé pour la tuer. L’acte aurait donc été prémédité. Rapidement interpellés, les deux adolescents reconnaissent leur implication et livrent froidement le récit de leur crime.