Admirer le lever de soleil au sommet du Piton des Neiges, ça se mérite. Par l’effort pour gravir plus de 3000 mètres d’altitude, et par le froid mordant qui saisit les randonneurs avant l’aube.
Passage obligé avant l’ascension finale : le refuge de la Caverne Dufour, perché à 2 400 mètres. Mais ce matin, ce ne sont pas les réveils à 2 h du matin qui bousculent les marcheurs : c’est le manque d’eau. « Voilà, le filet d’eau qui coule du robinet est vraiment très, très faible. C’est difficile de se laver correctement. Et en plus, l’eau n’est pas potable », déplore Guillaume.
Pour ce groupe de randonneurs, la nuit a été courte, et le réveil glacial. Mais ce qui les dérange le plus, ce sont les sanitaires. Deux toilettes chimiques seulement, pour plus d’une centaine de visiteurs chaque soir. « Les enfants font leurs besoins tout autour, c’est pas propre du tout, c’est dommage pour un endroit comme celui-là », explique Monique.
Une situation qui choque aussi les plus jeunes, comme cet amoureux de la montagne, sensible à l’impact environnemental. « Ces toilettes, ici, c’est une aberration. Il faudrait une solution adaptée au lieu. Quelque chose de plus durable », souligne un randonneur.
Mais le véritable enjeu reste l’eau potable. Les randonneurs doivent prévoir dès le départ de Cilaos tout ce dont ils auront besoin, car une fois au refuge, impossible de se ravitailler avant le lever du soleil. « Moi j’étais déjà venu, je savais qu’il n’y aurait pas d’eau. Alors cette fois, on a prévu assez, enfin, on espère ! »
Zéro degré ressenti, sac sur le dos, l’ascension reprend. En une heure trente pour les plus aguerris, le sommet du Piton se dévoile enfin, à 3 070 mètres. Là-haut, au-dessus des nuages, le spectacle suspend le temps.
Un moment magique pour les 100 000 personnes qui foulent ce sentier chaque année. Mais la magie s’efface vite au retour, quand il faut faire la queue pour les rares sanitaires ou attendre un café au gîte. « On fait nettoyer les toilettes une fois par semaine. Si on devait le faire deux fois, ce serait très compliqué logistiquement », raconte Luc Morel, gérant du gîte de la Caverne Dufour.
Deux toilettes chimiques pour plus de 200 visiteurs par jour : le calcul est vite fait. Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été faite pour de nouveaux aménagements sanitaires au refuge. Une situation qui risque de durer au sommet de l’Océan Indien.