Avant parle mariage navé tou un stratégi pou méte en place, lontan y disait même ke mariage la pa badinage té un nafair sérieux té y joué pa ek sa. Et avant le mariage i fallait courtiser la demoiselle comme il se doit.
La drague à l’ancienne, il fallait courtiser la jeune femme, on est bien évidemment loin du texto envoyé, du 06 demandé ou encore de l’insta proposé. Il faut savoir qu’On ne courtisait jamais directement la jeune femme. Le garçon devait d’abord séduire les parents, pour cela il déposait une lettre dans la boîte aux lettres de la fille. Mais ce sont les parents qui l’ouvraient, la lisaient, puis rédigeaient la réponse. Ils dictaient chaque mot, pour être sûrs que tout était respectueux. i la réponse était positive, le garçon était autorisé à venir se présenter.

Et si cette étape était validée, Laurent que se passait-il ensuite ?
Le garçon venait demander officiellement la permission de sortir avec la jeune fille. Et même s’il obtenait un “oui”, les sorties se faisaient toujours avec un chaperon. Le chaperon l’était un moune de confiance, choisi, envoyé par les parents, pou suive la jeune fille et l’amoureux dans zot déplacement. C’était une sorte de gardien, un moune té y veille. Souvent le frère, une sœur, une tante, parfois même la maman. Que ce soit pour aller bat karé, rendre visite à la famille ou aller à un bal, tout le monde savait et tout le monde surveillait. Avant d’accepter la relation, les parents interrogeaient le garçon. Ils voulaient s’assurer que leur fille ne manquerait de rien.
Après environ un mois, si tout se passait bien, le garçon annonçait la nouvelle à ses propres parents, et on organisait “la rentrée”, c’est-à-dire la rencontre officielle entre les deux familles. Dans certains cas, quand lé parent té pa daccord c’était même la famille qui choisissait le futur conjoint.

Kan la fine valide tout ça, Kansas la demande de fiançailles ?
En général moins d’un an après le début de la rencontre la demande en fiançailles, était un moment très cérémonial. L’évènement se déroulait généralement vers 14 heures, et était très codifiée. Navé point de grande féte la té invite ke la famille proche.
La demande de fiançailles était-elle soumise à un rituel ?
Une jeune fille, vêtue de blanc, arrivait avec un panier décoré, rempli de fleurs et contenant la bague de fiançailles. La future fiancée fouillait le panier, trouvait la bague, et là, le fiancé la prenait par la main. Puis il se tournait vers les parents de la jeune femme pour demander officiellement la permission de se marier, avant de lui passer la bague au doigt. Et pour la première fois, il avait même le droit d’embrasser sa fiancée mais uniquement sur les joues. Après la pose de la bague, on mangeait simplement un gâteau et on buvait un coup en l’honneur des futurs mariés. Puis chacun rentrait chez soi.

Les fiançailles faites, néna encore pou attende pou marier ?
Pou bon peu généralement six mois plus tard “au cas où la fait bêtise”. En d’autre terme, la future mariée ne devait pas se compromettre avant l’heure. il y avait une conduite à tenir et une sorte de code d’honneur pour tou l’était comme ça. Ensuite on prenait le temps de laisser les poules et les cochons grossir, parce que le mariage demandait beaucoup de préparation. Chacun disait ce qu’il allait apporter, et si une famille était plus aisée que l’autre, on s’arrangeait pour équilibrer.
Pou le mariage nave la aussi un protocole à suivre à la lettre. Le cortège partait de la maison des parents de la mariée, car c’était toujours le point de départ officiel. Le futur marié, lui, arrivait seul pour retrouver sa fiancée directement à la mairie, puis tout le monde se rendait à l’église. Tradition oblige : le papa accompagnait sa fille à l’autel, et la maman marchait aux côtés de son fils.

Dans les années 50–60, on voyait encore les orchestres en cuivre ouvrir la marche. Ils jouaient en tête du cortège, et toute la famille suivait depuis la maison de la mariée jusqu’au lieu de la cérémonie, créant une véritable ambiance de fête dans le quartier. La réception, elle, se déroulait chez la mariée, dans ce qu’on appelait “la salle verte”.
Té appel sa comsa parce que la salle té construit avec des matériaux naturels : bambous, fougères, palmistes et chacun té y mète la main ansanm.

Lontan navé point la sono comment té y passe pour la musique ?
La musique, elle, était assurée par des camarades musiciens, souvent les mêmes qui jouaient dans les bals de quartier à lépok ou navé le célèbre loulou pitou ek son lorchestre que té mète aussi lambiance dans les mariages.
À minuit environ, les jeunes mariés s’éclipsaient en toute discrétion. Ils ne prévenaient personne : ils disparaissaient, tout simplement. Pendant ce temps-là, la fête, elle, continuait jusqu’à 4 heures du matin. Le marié conduisait alors sa femme dans leur nouveau chez-eux, où commençait la lune de miel et cette maison était censée être celle “pour la vie”.

Le lendemain matin, les nouveaux époux revenaient pour le rougaton, un repas convivial où tout le monde les attendait pour terminer la fête ensemble. Ces histoires lontan, ce sont plus que de simples souvenirs.
Ce sont des éclats de vie, des gestes d’amour tissés avec patience, respect et courage. À travers ces photos, ces récits, on entend encore les rires dans les cours, les pas dans les chemins de terre, la musique qui s’élève sous les filaos, et surtout le battement discret des cœurs qui s’unissent pour la vie.
Aujourd’hui, nos mariages ont changé, nos habitudes aussi, mais la tendresse, la pudeur, la dignité de ceux qui nous ont précédés continuent d’éclairer ce chemin. Un grand merci à toutes ces générations qui ont bâti notre île avec leurs mains, leurs traditions et beaucoup de cœur.
Leur façon d’aimer nous rappelle que, parfois, la plus belle des modernités c’est de ne jamais oublier d’où nous venons.