Il faut savoir qu’à l’époque les routes sont rares, souvent impraticables pour des charrettes. Alors, pour franchir les pentes abruptes et les chemins escarpés, il fallait une solution : ce fut la chaise à porteurs. Imaginez une sorte de fauteuil solide, monté sur deux longs brancards. Deux, quatre, parfois six porteurs se relayaient pour transporter la personne assise.
On pouvait ainsi accéder aux coins les plus reculés des Hauts de l’île, ou se rendre en ville, tout simplement, sans se fatiguer. Mais attention, ce n’était pas pour tout le monde. Il faut savoir que les chaises à porteurs étaient avant tout un privilège.
On y voyait les grands propriétaires, les fonctionnaires, parfois des médecins en tournée, mais surtout les personnalités les plus aisées. C’était pour les plus aisés, c’était un signe de prestige, presque un symbole social.
Il existait même des relais : un groupe de porteurs qui prenait la relève quand les autres étaient trop fatigués.
Les véritables héros de ces trajets, ce sont bien sûr ceux-là : les porteurs. Souvent issus de milieux modestes comme je le disais, ils connaissaient parfaitement les sentiers, les raccourcis, les reliefs. C’était un métier épuisant, mais indispensable. Sans eux, impossible de circuler dans les endroits les plus enclavés.
Certains racontent que les porteurs chantaient pour se donner du courage, et pour rythmer leur marche.
Avec le développement des routes et l’arrivée des voitures dans les années 1920-1930, les chaises à porteurs ont peu à peu disparu. Elles sont restées dans quelques endroits des hauts un peu plus longtemps. Mais bientôt, elles ne furent plus qu’un simple souvenir.
On en retrouve quelques-unes dans des musées ou sur des photos d’archives, comme des témoins d’un temps pas si lointain, où la mobilité dépendait avant tout de la force humaine.
Les chaises à porteurs nous rappellent une Réunion d’autrefois, où se déplacer relevait parfois de l’aventure. Elles nous disent aussi beaucoup sur l’organisation de la société de l’époque, entre prestige et effort marqués d’inégalité sociale bien sûr, mais avec des défis bien différents de ce qu’on peut connaître aujourd’hui.