Pourquoi cette histoire vraie de Furcy vous a tant parlé, a résonné fait écho en vous ?
"La première où on m’a parlé de ce livre c’était ici à La Réunion, on me l’a présenté en 2010. Lorsque j’ai lu le livre, je me suis dit que Furcy c’était moi. Toute cette histoire n’aurait pas été possible s’il n’avait pas appris à lire et à écrire en cachette. Raconter cette histoire c’est magnifier le savoir, la culture, l’éducation, la justice et le droit. Raconter cette histoire c’était aussi dire qu’on se doit de regarder notre histoire collective, même la plus sombre".
Le film a été en partie tourné à La Réunion, ailleurs c’était inenvisageable de par l’origine de Furcy, mais aussi de La Réunion comme île et peuple symbole de cette humanité qui construit ensemble avec ces racines multiples ?
"C’est une histoire réunionnaise, mon film est basé sur une histoire vraie, qui a vraiment eu lieu et ça s’est passé ici à La Réunion. Aujourd’hui vous avez la chance d’avoir une île qui est dynamique en termes de cinéma. Je n’ai ramené que très peu de chefs de poste, tout a été fait ici. Aujourd’hui dans l’Hexagone on vante le savoir-faire réunionnais".
L’accueil vous a ému d’ailleurs lors des avant-premières ?
"Cela a été bouleversant, on a fait différentes avant-premières, il y a eu des standings ovation. Des gens émus sont venus dire à quel point ce film est important pour eux. Je pense que ce film est important pour la France. Ce film permet de regarder une partie de notre histoire collective qu’il est vital de connaître si on veut travailler au bien vivre-ensemble".
Il y a une résonance contemporaine sur la question de faire peuple, de construire ensemble malgré des racines diverses ? Ce qui est terriblement d’actualité en France comme dans le monde ?
"Je pense qu’aujourd’hui nous vivons à une époque dangereuse où on pense que des solutions extrêmes peuvent être des solutions alors qu’on a connu l’esclavagisme, le colonialisme ou encore la Seconde Guerre mondiale. Il est important aujourd’hui que les valeurs de liberté, égalité, fraternité veuillent véritablement dire quelque chose et soient incarnées dans les êtres. L’histoire de Furcy en ce sens là est véritablement exemplaire".
Pour autant il n’y pas de manichéisme, le bien d’un côté le mal de l’autre ?
"Il y a une complexité dans cette histoire. Des gens ont dans leur sang un héritage d’esclave et d’esclavagiste en même temps. Dans ce sens, il est important de travailler à la réconciliation avec soi-même pour pouvoir se réconcilier avec les autres".