Marie vit dans la rue avec son compagnon Jean-Carl depuis au moins 3 ans, après avoir été expulsée de leur logement. Le couple a trouvé refuge sous ce pont à Saint-Leu, près de la mer sans aucune réelle solution. "Je ne peux rien faire de plus que de rester tranquille et attendre. J’attends que quelqu’un me donne un logement."
Malgré la misère, les amoureux accueillent dès qu’ils le peuvent ceux qui en ont besoin. À La Réunion 17 personnes ont perdu la vie dans les rues en 2024, la difficulté à avoir un logement devenant de plus en plus compliquée. Patrice, lui, a eu la chance de trouver un toit il y a 9 mois, mais au fil des années il a perdu de nombreux amis. "Une copine de 33 ans est morte il y a une semaine, elle était comme ma fille. J’ai perdu un autre ami, il est décédé devant l’église. Ils avaient une vie compliquée, mais aujourd’hui ils ne sont plus là".
La rue c’est aussi de la violence, de l’insécurité pour ces personnes isolées, mais ils peuvent profiter d’un moment de répit auprès de bénévoles aujourd’hui devenus des amis. Depuis 6 ans et demi, Nadia vient à leur rencontre pour partager un repas, mais ce n’est pas tout. "Les sans-abri meurent dans la rue, ils meurent de solitude. On ne leur donne pas assez d’attention. Les bénévoles et moi-même, on dédie notre vie et notre cœur à ces personnes-là", indique Nadia Malagouen, bénévole.
Pour la fondation du logement pour les défavorisés, l’urgence est bien réelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2500 ménages sont dans l’attente urgente d’un logement. "Faute de place suffisante, faute de moyens financiers fléchés pour la mise à l’abri on met en concurrence les publics précaires et c’est toujours les plus fragiles qui en pâtissent. Ce sont notamment les personnes isolées qui meurent dans la rue parce qu’on ne les a pas protégés et qu’on les a laissés s’enliser dans l’errance", explique Matthieu Hoarau, directeur régional pour la fondation pour le logement des défavorisés.
À La Réunion, il est difficile d’établir le nombre de sans-abri et donc de mettre à disposition des logements. Les associations attendent de l’État qu’ils prennent leur responsabilité. En attendant, une chose est sûre : ces personnes isolées gardent la joie de vivre et l’entraide les aide à tenir.