Il est environ 7h45 quand le vieil homme pointe le bout de son nez au tribunal. Bien vêtu pour l’occasion, il paraît serein et sûr de son fait. À quelques encablures de lui, une foule d’anciens membres de la coopérative des dockers. Eux, sont remontés et attendent cet instant depuis si longtemps. Près de 15 ans pour être plus précis.
A 8 heures, l’audience débute. Pendant plus de 20 minutes, le président du tribunal passe au peigne fin le nombre de parties civiles dans un prétoire plein à craquer. Près de 120 personnes apparaissent sur le rôle d’audiencement. L’ex PDG n’est pas le seul à devoir rendre des comptes. Sa fille et l’un de ses proches passent à la barre.
Née dans les années 90, la COR doit appartenir à tous les dockers. Très vite, un nom sort du lot : Jacques Virin. Ex-docker, le vieil homme, aujourd’hui âgé de 80 ans arrive tout en haut de la hiérarchie. A l’époque, son ambition est de développer les activités.
Un businessman aguerri
Rapidement, Jacques Virin se transforme en véritable businessman. Dans de nombreuses sociétés le nom de l’ex PDG de la COR apparaît que ce soit en tant qu’actionnaire ou dirigeant. Un panel de sociétés où l’argent transite de l’une à l’autre avec le même homme qui tire les ficelles : Jacques Virin. Des témoignages racontent la main-mise de ce dernier sur la COR.
2011 : le début de la chute
C’est en 2011 qu’un audit voit le jour. Le rapport révèle de nombreux dysfonctionnements au sein de la COR. Rémunérations indues, prêts douteux, investissements sans approbation du conseil d’administration. Des sommes faramineuses aurait été versées à l’ex PDG de la COR. Le préjudice total de tout ces montages financiers s’élèveraient à près de trois millions d’euros. "Vous investissez de l’argent qui n’est pas à vous" lance la présidente du tribunal à Jacques Virin. Une phrase qui a provoqué de vives réactions dans la salle d’audience. Une salle qui a failli être évacuée à plusieurs reprises.
Durant la journée d’audience, Jacques Virin a eu réponse à tout, même sur les questions les plus techniques. Des réponses qui ont impressionnées le ministère public et les avocats des parties civiles qui n’ont pas manqué de le remarquer durant leur plaidoirie respective.
"Le président de la république du Port"
C’est de cette manière que le parquet voit l’octogénaire. Le ministère public dresse le portrait d’un homme qui a très bien réussi, mais qui, a dépassé les bornes.
Le temps exceptionnel de l’instruction (près de 15 ans) contraint le parquet à voir son réquisitoire à la baisse. En entendant les peines requises, de nombreux dockers se décomposent. 50 000 euros pour Jacques Virin, 20 000 euros pour sa fille et 20 000 euros pour le proche de l’octogénaire.
Plus de deux mois après ce procès exceptionnel, le tribunal correctionnel a rendu son jugement : un an de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende à l’encontre du vieil homme pour abus de biens sociaux. Il est relaxé pour le blanchiment d’argent.
Le proche de l’octogénaire est relaxé de l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. La fille de Jacques Virin est condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.
Jacques Virin et sa fille sont également condamnés à payer solidairement la COR à hauteur de 117 000 euros (48 000 euros et 69 000 euros).
-LV