Une marée d’algues brunes au milieu de l’océan : du jamais vu pour ces scientifiques qui les étudient depuis plusieurs années. "Il y a une tache monstrueuse. Je pense qu’on va plonger dessous... Je crois que j’en ai jamais vu d’aussi grosse ! Il y a un pied comme il y a un pied ici, ça veut dire que ce n’est pas une algue flottante comme on en a aujourd’hui du côté de la Martinique ou de la Guadeloupe, mais ce sont des pieds qui ont été arrachés de milieux coralliens", s’exprime Jean-Pascal Quod, biologiste marin.
Venues de Maurice ou de Rodrigue, elles sont surtout connues comme une véritable peste colonisatrice aux Antilles. "L’impact pourrait venir de l’intérieur de ces algues, mais également des déchets plastiques. Il y a des programmes en cours, beaucoup de programmes sur les plastiques et microplastiques. Il se pourrait qu’il y ait des organismes pathogènes qui, du coup, s’adapteraient et viendraient mettre en péril la biodiversité de La Réunion par cet apport régulier. Là-dessus, on n’a pas d’état de référence aujourd’hui", continue le biologiste.
"Plutôt frappant... Alors oui, il y a les sargasses, mais alors qu’est-ce que ça a piégé comme plastiques en fait ! Et ça, c’est plutôt triste. Après, oui, c’est très étrange de voir flotter autant d’algues", explique Florance Trentin, biologiste marin.
"Est-ce que c’est lié aux changements climatiques, à la dérive des courants, à l’aggravation du climat ? Ce sont les questions qu’on peut se poser", se questionne Bertrand Denis, écologue.
Mais elles peuvent aussi constituer un nouvel habitat pour certaines espèces. Ce chercheur international, qui a découvert plus de 200 espèces de poissons dans le monde, est plutôt optimiste :
"Je suis tout le temps optimiste. Je pense que c’est normal, et c’est une bonne chose pour certains poissons qui passent d’une île à l’autre. Ils habitent ces algues. Autrement, La Réunion serait sans poissons, s’ils n’avaient pas la possibilité de venir jusqu’ici", déclare Ronald Fricke, ichtyologiste.
L’occasion de découvrir, dans l’épuisette, une espèce recensée seulement une fois il y a 20 ans. Un poisson vivant entre 200 et 800 mètres de profondeur.