A l’ouverture du procès le mercredi 10 septembre, la tension était déjà palpable. L’atmosphère était particulièrement pesante entre les murs du tribunal. Les visages abattus de la famille de Shana étaient marqués par ses deux années passées à attendre des réponses. Savoir pourquoi ces deux adolescents ont décidé ce jour de septembre 2023 d’ôter la vie à la jeune fille. Au cours de cette journée, les proches de Shana ont dû revivre l’horreur à travers ce procès.
Tous savaient à quel point cela allait être difficile d’entendre les détails, l’enfer qu’elle a vécu avant de mourir. Dans la matinée, la mère de Shana était même sortie du tribunal, criant sa fureur à l’encontre de la meurtrière présumée et de ses parents. "Vous êtes les parents du diable".
Une deuxième journée qui était la plus difficile
Après cette première journée déjà riche en tension,c’est une deuxième journée, aussi difficile, qui se profilait au tribunal de Saint-Pierre. L’adolescente reconnue coupable d’avoir attiré la victime dans un traquenard mortel a pris la parole pour la première fois.
Tout au long de la journée, la mère de Shana a exprimé sa douleur, quittant plusieurs fois la salle d’audience, tout en refusant de croiser le regard ou d’entendre les déclarations de celle qui a été jugée coupable.
Du côté des parents de la jeune condamnée, ils ont affiché des visages tremblants, la tête baissée, le regard vide, et complètement anéantis. « C’est extrêmement compliqué parce qu’ils sont bien conscients qu’ils ont, eux, cette chance d’avoir leur fille. Ils ne veulent pas être perçus comme des victimes, bien évidemment. Pour autant, ce sont des parents qui ont vu leur monde s’effondrer du jour au lendemain. Leur fille, qui ne posait aucune difficulté à la maison, qui est une enfant très bonne élève, comme les autres la décrivent dans le dossier : elle est agréable, souriante. Du jour au lendemain, la police débarque chez vous, et vous apprenez que votre enfant a pu commettre quelque chose de sordide", déclarait alors l’avocate de la défense, Maître Séverine Ferrante.
Dans la salle, la famille de Shana a tenté de rester digne, mais la douleur était omniprésente.
« C’est plus tendu que mercredi. C’est plus lourd parce qu’on parle de celle qui est en vie, on parle de l’accusée, on parle de sa personnalité, on parle de ses parents, on parle du fait qu’elle a été en prison pendant un an. La loi ne permet pas plus d’un an de détention provisoire. Le fait qu’elle ait été placée dans un foyer en métropole, c’est très difficile à appréhender pour la famille de Shana, de savoir qu’elle était en métropole, qu’elle a pu voir ses parents, qu’en prison, elle pouvait téléphoner à ses parents. Eux, Shana, il n’y a plus rien. Il y a une tombe au cimetière. Ils ne peuvent plus lui parler, ils ne peuvent plus discuter avec elle. Pour eux, c’est assez insupportable d’entendre ce genre de choses aujourd’hui », atteste Maître Catherine Moissonnier, avocate de la partie civile
« On ne peut pas dire grand-chose, c’est insoutenable, il y a de la colère. Ce qu’on entend aujourd’hui, c’est la personnalité de l’accusée, donc c’est un peu compliqué pour les parents de Shana d’entendre tout ça », rajoute Maître Julien Barre, avocat de la partie civile.
Le dénouement du procès
Pour la troisième et dernière journée d’audience, place au dénouement. C’est après plusieurs heures de plaidoiries, plusieurs temps de réflexion que la justice a tranché : 20 années de réclusion criminelle.
Condamnée pour le meurtre de Shana, l’adolescente a été entendue une dernière fois sur sa personnalité et son comportement après les faits. Elle aurait offert le bracelet porté par la victime le jour de leur rencontre à sa petite sœur. Elle aurait également porté les vêtements de la victime.
Aujourd’hui âgée de 16 ans, le parquet avait requis 20 ans de réclusion criminelle avec injonction de soin et un suivi socio-judiciaire pour une durée minimum de 10 ans à l’encontre de l’adolescente coaccusée. Cette peine comprend également une interdiction de fréquenter le comeurtrier. Elle encourt sept ans d’emprisonnement si elle ne respecte pas ces obligations. Elle a 10 jours pour faire appel.
Le père de Shana s’est exprimé à l’issue du peocès. "Trois jours infernaux, mais ce que je peux dire, c’est que la justice a été faite envers ma fille, c’est bien. Ce procès ne concernait pas que ma fille, cela concernait aussi tous les parents qui ont des enfants ou quoi que ce soit pour montrer que les adolescents ne peuvent pas faire n’importe quoi. Je suis content de gagner le procès, mais je n’ai pas ma fille malheureusement. Elle n’est pas là pour dire qu’on a gagné. Ce qu’il faut retenir aussi, c’est que par rapport à tous ces gens, les enfants ne peuvent pas faire n’importe quoi aussi, il faut qu’ils comprennent aussi qu’il y a une justice pour tous les actes" témoigne le papa de la jeune fille.
Ce jugement clôt ce premier chapitre judiciaire, avant l’ouverture du procès de l’autre co-accusé, prévue en novembre.