Un recul inquiétant
Dans les années 1990, la France affichait la plus faible mortalité infantile d’Europe, signe de son excellence en santé périnatale. Aujourd’hui, la situation est tout autre. Elle se classe au 23e rang sur 27 pays européens, très loin derrière ses voisins. En 2022, son taux de mortalité infantile atteignait 4,5‰ chez les garçons et 3,7‰ chez les filles, bien au-dessus de la moyenne européenne (respectivement autour de 3,5‰ et 3,0‰ ). Ce recul traduit une stagnation préoccupante, voire une légère hausse depuis 2020, alors que la mortalité infantile baisse dans la plupart des pays voisins. Cette évolution inquiète d’autant plus qu’elle survient dans un contexte où l’espérance de vie générale continue de s’améliorer.
Les disparités sociales, un facteur déterminant
La clé pour comprendre cette dégradation réside dans les fortes inégalités sociales et économiques. Une récente étude menée par l’Inserm, l’APHP et des universités parisiennes a établi un indice regroupant le chômage, la précarité du logement, la proportion de familles monoparentales et le revenu médian par ménage. Les résultats sont saisissants. Les enfants nés dans les communes les plus défavorisées ont un risque de mortalité néonatale 1,7 fois supérieur à ceux des zones plus aisées. Ces inégalités sont amplifiées par des facteurs de santé liés aux conditions socio-économiques, comme le tabagisme ou l’exposition à la pollution.
Un système de soins à renforcer
Au-delà des déterminants sociaux, l’organisation du système de santé joue un rôle très important. Dans les territoires économiquement fragiles, l’accès aux soins est souvent restreint, et les maternités comme les services spécialisés sont moins bien dotés. La surcharge et le manque de personnel dans les unités critiques pèsent aussi sur la qualité des prises en charge. D’après la Haute Autorité de santé, 57% des événements indésirables graves chez les nouveau-nés auraient pu être évités. La nécessité d’un renforcement des ressources humaines, de la formation et des infrastructures est mise en avant par les experts.
Des décès évitables...
L’étude souligne qu’environ un quart des décès néonatals observés entre 2015 et 2020 auraient pu être évités si tous les nouveau-nés avaient bénéficié des mêmes conditions qu’environ 20% des mieux lotis. Ce constat pose un défi éthique majeur. La précarité maternelle, la pollution environnementale, mais aussi des décisions médicales complexes liées aux anomalies fœtales, entrent aussi en ligne de compte. Ces enjeux appellent à une meilleure politique de prévention et à une égalité d’accès aux soins partout sur le territoire, afin que chaque enfant, indépendamment de son milieu de naissance, puisse espérer une chance équitable de survie.
Source : BFMTV